Chapitre 2

Rappels de cartographie



2.1 Forme de la terre

La Terre présente une surface complexe irrégulière impossible à modéliser parfaitement.
La cartographie a pour objectif la représentation de la surface terrestre, approximée par une surface ellipsoïdale, et sa projection sur un plan.

Deux types de représentations simplifiées sont utilisés : le géoïde et les ellipsoïdes.


2.1.1. Le géoïde et ses représentations


Le géoïde correspond à une surface équipotentielle du champ de gravité.
La surface moyenne des océans prolongée sous les continents a longtemps servi à approximer le géoïde. Actuellement, des mesures précises du champ de gravité terrestre améliorent la connaissance de cette surface de référence.

La forme du géoïde peut être déterminée à la fois par des mesures gravimétriques au sol et, en ce qui concerne notamment les mers, par des mesures d’altimétrie réalisées à partir de satellites : TOPEX-POSEIDON par exemple, mesure la différence entre le niveau moyen des mers et le géoïde. Le géoïde est généralement représenté sous forme de tableau de données ou par des séries ou expressions mathématiques (ex: harmonique sphérique).


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2.1.2. Les ellipsoïdes


Le géoïde est une surface physique sur laquelle il est difficile de déterminer un point ; on a donc été amené à définir des surfaces mathématiques de référence simples (surface de révolution) sur lesquelles chaque point peut être défini par ses coordonnées : ce sont les ellipsoïdes. Il est possible de définir des ellipsoïdes ne différant pas du géoïde de plus d'une centaine de mètres (figure 2).

h=H+N
h:hauteur au dessus de l'ellipsoïde
H:hauteur au dessus du géoïde
N:écart entre ellipsoïde et géoïde 
 

Figure2:écart entre ellipsoïde et géoïde 

 

De nombreux ellipsoïdes ont été calculés, définis par leur grand axe, leur petit axe et leur origine ; ils épousent au mieux le géoïde dans une région donnée. Les plus couramment utilisés sont indiqués dans le tableau 2.

On sait maintenant que le géoïde est une surface "bosselée" ; l’ellipsoïde international IAG-GRS 80 est la surface qui s'en rapproche le plus. L’utilisation de cet ellipsoïde permet donc de représenter au mieux, globalement, la surface de la Terre. Cependant, il ne donne pas la meilleure représentation locale.

Nom Date Rayon Equatorial ou demi-grand axe a (mètres) Rayon Polaire      ou demi-petit       axe b (mètre) Applatissement f Utilisation
GRS 19801 1980 6 378 137,0 6 356 752,3 1/298,257 Récemment adopté
WGS 722 1972 6 378 135,0 6 356 750,5 1/298,26 NASA
Australian 1965 6 378 160,0 6 356 774,7 1/298,25 Australie
Krasovsky 1940 6 378 245,0 6 356 863,0 1/298,3 Union Soviétique
International 1924 6 378 388,0 6 356 911,9 1/297 Restant du monde
Hayford 1909
Clarke 1880 6 378 249,1 6 356 514,9 1/293,46 la plupart de l'Afrique, France
Clarke 1886 6 378 206,4 6 356 583,8 1/294,98 Amérique du Nord, Philippines
Airy 1849 6 377 563,4 6 356 256,9 1/299,32 Grande Bretagne
Bessel 1841 6 377 397,2 6 356 079,0 1/299,15 Europe Centrale, Chili, Indonésie
Everest 1830 6 377 276,3 6 356 075,4 1/300,80 Inde, Burma, Pakistan, Afganistan, Thailande...
1)Système géodésique de référence. Ellipsoïde dérivé du modèle de Terre adopté par la 17ème assemblée de l'union Géodésique et Géophysique Internationale.
2)Système géodésique mondial.

Tableau 2:Caractéristique des principaux ellipsoïdes utilisés


Les caractéristiques générales relatives au géoïde et aux ellipsoïdes sont représentées dans le tableau 3.
Type de surface Nature Degré de connaissance de cette surface Exemples d'utilisation
Surface de la Terre  Surface réelle Non encore totalement représentée: c'est l'objet de la cartographie  
Ellipsoïde Mathématique Parfaite(équations mathématiques) Modélisation de la surface géomorphologique
Géoïde Géophysique Assez bonne (tableaux, fichiers, série de Bessel) Précision variable -Calculs de positionnement (GPS)                               -Calculs balistiques

Tableau 3: Comparaison des modèles de Terre

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2.2. Représentation plane de la terre

Le passage d’une représentation courbe de la Terre à une représentation plane n’est jamais parfaite car les ellipsoïdes ne sont pas des surfaces développables. La cartographie utilise donc des systèmes de projection pour modéliser la géométrie de la surface terrestre sur un plan.

Le problème est en fait de passer d’un référentiel angulaire (elliptique) matérialisé par des coordonnées géographiques (latitude, longitude) à un référentiel plan matérialisé par les coordonnées cartographiques.


Le passage d’un référentiel à l’autre se fait par un modèle mathématique de déformation qui permet de prendre en compte certaines propriétés géométriques des référentiels.


Nous avons déjà vu que les ellipsoïdes ne sont que des approximations de la forme de la surface terrestre, s’éloignant plus ou moins de celle-ci en fonction de leurs caractéristiques géométriques. Chaque référentiel présente donc des imperfections mais qui ont l’avantage d’être connues.

De la même manière, les systèmes de projection ne conservent que certaines propriétés géométriques mais le modèle utilisé est parfaitement connu et maitrisé, permettant ainsi une bonne précision.

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2.2.1. Système de projection


Un point quelconque est déterminé sur l’ellipsoïde par ses coordonnées l longitude et j latitude. Mais l’ellipsoïde est une surface courbe dont on obtient une représentation plane grâce à un système de projection : ce système permet d’avoir une relation mathématique bi-univoque entre un point M (l, j) et un point m du plan de coordonnées x et y où (x,y) désigne un système de coordonnées du plan de projection.

x = f (l,j) l = F(x,y)
y = g (l ,j) j = G(x,y)

Les fonctions f, g, F et G définissent les propriétés du système de représentation.

L’ellipsoïde n’étant pas une surface développable, tous les systèmes de représentation altèrent les longueurs : soit 2 points M et N sur l’ellipsoïde et soit m et n leurs images planes ; on définit :


le module linéaire = mn/MN

l’altération des longueurs E = (mn-MN)/MN

Par exemple une longueur MN de 1000,00 m mesurée sur l’ellipsoïde est représentée par 999,85 m, sur le plan.

Le module linéaire m = 999,85 x 10-3 typiquement 1 à 15.10-5
L’altération linéaire E = m - 1 = -15.10-5


  Remarque : les trois principaux systèmes de coordonnées sont :

- géocentrique : l’origine du repère est le centre de masse de la Terre, l’axe Z coïncide avec l’axe de rotation de la terre, l’axe X lui est perpendiculaire et passe par le méridien de Greenwich, enfin l’axe Y complète ce repère orthonormé.

- géographique : les coordonnées d’un point sont mesurées sur un ellipsoïde de révolution, l’altitude du point est égale à la hauteur au dessus de l’ellipsoïde, ses coordonnées planimétriques sont sa latitude l et sa longitude j) .

- cartographique : les coordonnées planimétriques X et Y d’un point sont mesurées sur une grille régulière fonction de la latitude et de la longitude, l’altitude du point est mesurée au dessus du géoïde ou du niveau zéro des mers local.

L’échelle nominale :

Dans l’exemple précédent, si l'on n’utilise que les coordonnées x,y, la distance entre les deux points M et N est mesurée par mn, soit 999,85 m.
Mais on peut aussi définir la représentation plane d’une "sphère réduite" qu’on appelle la sphère modèle. Le facteur d’homothétie utilisé pour passer de la sphère terrestre à la sphère modèle est appelé «échelle nominale».
Si l’on choisit un facteur de réduction de 100 000, la distance MN (1000 m sur l'éllipsoïde) aura donc une image de 1 cm.

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2.2.2. Types de projection


On peut citer trois types de projections (figure 3) :

· projections conformes : le module linéaire est le même dans toutes les directions autour d’un point : les angles sont conservés.

· projections équivalentes : le rapport des surfaces entre l’ellipsoïde et l’image plane est conservé ; mais les angles et les distances ne sont pas conservés. Ces projections sont utilisées pour les cartes générales (ATLAS).

· projections aphylactiques : c’est un compromis des deux précédentes : elles ne conservent ni les angles ni les surfaces.

 

Représentation conforme

Représentation équivalente

Représentation aphylactique
 

Figure 3 : Image planes de petits cercles égaux tracés sur la sphère terrestre à différentes latitudes


Types de projection les plus courantes 
Nous allons décrire quatre projections courantes :

1) Projection de Mercator directe, équatoriale

C’est une projection conforme dont la surface développable est un cylindre tangent à l’Equateur.
Les méridiens sont transformés en droites parallèles dont l’écartement est proportionnel à la différence de longitude.
Les parallèles sont des courbes orthogonales aux méridiens, ils se transforment en droites perpendiculaires aux images des méridiens.
On choisit un méridien origine, par exemple Greenwich, qui est l’axe des Y ; l’équateur est l’axe des X.

L’altération linéaire croît rapidement lorsque l’on s’éloigne de l’Equateur (isomètre central : lieu des points où le module linéaire a la valeur minimale).


2) Projection de Mercator Transverse Universelle (ou UTM)

C’est une représentation conforme transverse de l’ellipsoïde. Elle est limitée à 3° d’amplitude de part et d’autre du méridien d’origine, pour minimiser les déformations en limite de fuseau.
La Terre est ainsi divisée en 60 fuseaux de 6° (figure 4).
Remarque : les cartes de France à grandes et moyennes échelles, établies en projection conique conforme (que nous allons voir par la suite), sont revêtues d’un pseudo-quadrillage UTM pour des commodités de repèrage à usages multinationaux et militaires.

 

Figure 4: Projection UTM (zones 30 à 32)

 

L’altération linéaire est maximale sur les confins de la projection et on lui applique un coefficient de réduction.

Cette projection est universelle car elle est la même quel que soit le méridien choisi. Afin de ne pas avoir de coordonnées négatives, chaque point, origine des axes de coordonnées (intersection du méridien origine et de l’équateur), est défini par les coordonnées :
x = 500 km
y = 10 000 km Est pour l’hémisphère sud et 0 km pour l’hémisphère nord.

La représentation UTM est la plus utilisée dans le monde pour le calcul des triangulations et l’établissement des cartes topographiques.


3) Projection Lambert 

Géométriquement, il s’agit de la projection de chaque point de l’ellipsoïde sur un cône qui lui est tangent selon un parallèle (isomètre central) (figure 5). Pour plus de précision, on utilise en pratique un cône sécant sur deux parallèles.

FIG5A1.GIF (9557 octets)

Figure 5: Projection Lambert

 

Quatre projections Lambert sont utilisées en France (1, 2, 3 et 4, du Nord au Sud). En outre, on peut citer la carte de l'Europe au 1/1000 000.
Les images des méridiens et des parallèles sont respectivement des droites concourantes et des arcs de cercle. La mesure des coordonnées d’un point du plan n’étant pas aisée, un système d’axe de coordonnées rectangulaires est établi ayant pour axe des y le méridien de Paris. L’origine O du système a pour coordonnées xo = 600 km et yo = 200 km de telle sorte que dans chaque zone il n’y ait pas de coordonnées négatives.
Elle est utilisée dans de nombreux autres pays (par exemple aux USA).

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